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Kosovo : trafic d’organes et « cécité » internationale Un rapport du Conseil de l’Europe accuse des dirigeants de l’ex-armée de libération, dont l’actuel premier ministre, Hashim Thaçi, et s’étonne du rôle des autorités de tutelle. Kosovo, correspondance.
De 1998 à 2000, des centaines de prisonniers détenus par l’Armée de libération du Kosovo (UCK) – principalement des Serbes du Kosovo, mais aussi probablement des Roms et des Albanais accusés de collaboration - auraient été déportés en Albanie, où ils ont été assassinés pour alimenter ?un trafic d’organes. Si cet épouvantable trafic, décrit avec force détails dans le rapport présenté ces jours derniers par le sénateur suisse Dick Marty, rapporteur spécial du Conseil de l’Europe, est confirmé, il s’agit assurément du pire crime des guerres yougoslaves, avec le massacre de Srebrenica.
Dans ses mémoires publiés en 2008, Carla Del Ponte avait déjà évoqué la possibilité d’un trafic d’organes, le reliant à une «?maison jaune?» située dans le village de Rripa, près de Burrel, dans le nord de l’Albanie.
Selon le rapport de Dick Marty, cette maison, située dans une zone reculée, n’était qu’un petit centre de détention parmi d’autres, tous situés en Albanie. Les prisonniers étaient ensuite conduits vers une petite clinique située à Fushë Kruja, à une quinzaine de kilomètres de l’aéroport international de Tirana lorsque des clients se manifestaient pour recevoir des organes. Ils étaient alors abattus d’une balle dans la tête avant que ces organes, principalement des reins, ne soient prélevés.
Selon le procureur spécial pour les crimes de guerre de Serbie, Vladimir Vukcevic, 500 prisonniers auraient été conduits en Albanie. Ce chiffre demande encore à être confirmé, tout comme beaucoup de détails de la chaîne criminelle, notamment l’identité des receveurs et celle des partenaires du trafic hors d’Albanie.
Par contre, le rapport du sénateur suisse confirme le rôle central du «groupe de la Drenica», un petit noyau de combattants de l’UCK, regroupés autour de deux figures clés : Hashim Thaçi, actuel premier ministre du Kosovo, et Shaip Muja, alors responsable de la brigade médicale de l’UCK et aujourd’hui conseiller pour la santé du même Thaçi.
Lors de la présentation de son rapport, Dick Marty a également souligné les responsabilités accablantes de la communauté internationale. «Les grandes puissances connaissaient l’existence d’un trafic d’organes, mais elles ont fermé les yeux», écrit-il. En effet, dès juin 1999, l’Otan pénètre au Kosovo et les Nations unies établissent un protectorat sur le territoire. De surcroît, les services de renseignement occidentaux étaient en lien étroit avec l’UCK, au moins dès 1998.
Dick Marty écrit dans son rapport que des «signes» de l’existence de ce trafic étaient déjà perceptibles au début de l’année 2000, mais que les autorités internationales au Kosovo «n’ont pas jugé bon de lancer une enquête détaillée». Dans le meilleur des cas, les autorités ont procédé à des investigations «superficielles et peu professionnelles à tous égards».
Pour l’instant, les USA et l’Union européenne ont affirmé qu’ils entendaient «prendre au sérieux» les accusations de Dick Marty. La responsable de la politique étrangère de l’UE, Catherine Ashton, l’a invité à mettre les preuves en sa possession à la disposition de la mission européenne Eulex, censée «appuyer» les institutions du Kosovo dans la construction de l’État de droit.
Il est vrai que le TPI de La Haye ne peut plus ouvrir de nouvelles enquêtes et n’aura donc pas la possibilité de juger Hashim Thaçi et ses supposés complices. Seule la Cour pénale internationale pourrait éventuellement se saisir de l’affaire.
Jean-Arnault Dérens, l'Humanité
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