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LIBERALISATION DE L'ENERGIE

L’UE risque le court-circuit
Énergie .

Pour favoriser la libéralisation de l’électricité, Bruxelles fait le forcing pour démanteler des opérateurs historiques au mépris de la sécurité d’approvisionnement et des tarifs aux usagers.
Le 4 novembre 2006 à 22 h 10. Quinze millions d’Européens, dont quatre millions de Français, se trouvent subitement plongés dans le noir. Aucune vague de froid, aucun pic de consommation et pourtant le continent échappe de peu au « black-out ». Officiellement, une manipulation technique sur le réseau électrique allemand a entraîné une succession de délestages qui par le biais des interconnexions entre les réseaux européens se sont propagés aux pays voisins. En France, le courant sera rapidement rétabli. Le temps pour EDF de démarrer ses centrales de production de pointe et de rétablir l’équilibre entre la production et la consommation.
Les enquêtes, révèlent l’important déficit en moyens de production électrique à l’échelle de l’UE. Selon l’Observatoire européen de l’énergie, garantir la sécurité d’approvisionnement implique d’investir 700 milliards d’euros d’ici à 2030. L’organisme cite plusieurs pays, en particulier l’Espagne, comme étant au bord de la rupture.

LA FRANCE N’EST PAS À L’ABRI
La sécurité d’approvisionnement de la France est en théorie beaucoup mieux assurée. En théorie seulement, dans un entretien accordé au magazine Challenge, le PDG d’EDF, Pierre Gadonneix, reconnaîtra quelques mois après l’incident de novembre, que le pays a frôlé par deux fois la panne géante en raison d’un manque de moyens pour période de pointe.
À ce déficit s’ajoutent les conséquences de l’interconnexion des réseaux qui, en les solidarisant les uns aux autres, a tendance à annuler les atouts du parc de production électrique national.
Pis, selon une source interne à la Commission de la régulation de l’énergie (CRE), l’organisme chargé de veiller au bon fonctionnement du marché de l’électricité en France, les interconnexions ont été « dévoyées ». Créées à l’origine pour assurer une solidarité entre pays européens, elles servent aujourd’hui au commerce international d’électricité. Conséquence : le trafic transfrontalier est en nette augmentation et « la gestion des flux d’électricité de plus en plus périlleuse ».

Principaux responsables du déficit en capacité de production, les opérateurs du secteur réduisent depuis des années le niveau de leurs investissements. Ainsi entre 1999 et 2004, la part du chiffre d’affaire qu’ils y consacrent est passée de 16 % à moins de 10 %. Malgré l’importance stratégique du secteur, cette réalité n’a pas provoqué d’intervention des États membres pour corriger les insuffisances du système électrique européen.
« Le constat le plus effrayant est que la plupart des pouvoirs publics considèrent que ce n’est plus aux politiques de décider », expliquait récemment dans l’Humanité Michel Billout, sénateur communiste, et membre de la mission d’information du palais du Luxembourg. En clair, les États se désengagent.

Ce désengagement procède de deux façons. Par la privatisation des opérateurs historiques qui les écartent petit à petit de leur mission de service public au nombre desquelles figure la sécurité d’approvisionnement. Par la libéralisation du secteur de l’énergie qui conduit à la perte de contrôle du système électrique national. Les usagers, qui ont vu les prix pratiqués flamber, sont aussi touchés de plein fouet. Avec l’ouverture du marché au 1er juillet dernier, on s’attend, en quelque mois, à une augmentation moyenne de 26 % de la facture en Allemagne qui compte parmi les États où l’électricité est la plus chère.

En France, malgré des augmentations injustifiées, selon la CGT, le prix relativement faible de l’électricité reste encore garanti par l’existence des tarifs réglementés fixés par l’État, mais celle-ci n’est assurée que jusqu’en 2010. Jusqu’à présent, l’UE s’était limitée à autoriser la fourniture d’électricité par d’autres opérateurs que les historiques comme EDF.
Le 19 septembre dernier, en présentant un nouveau « paquet » législatif qui sera prochainement soumis au Parlement européen, la Commission a franchi un nouveau cap. Elle propose de démanteler les opérateurs historiques en séparant les fonctions de production et de distribution de celle du transport au motif que leur confusion dans la même entreprise donne à cette dernière un avantage vis à vis ses concurrents simples distributeurs.
Outre que cette mesure va priver de ressources importantes les opérateurs historiques, elle va fragiliser le système électrique en complexifiant son pilotage au risque de provoquer des ruptures dans l’alignement de la production sur la consommation d’électricité. Autrement dit, avec la séparation des activités, on multiplie les risques de panne.

ABANDON DE LA MAÎTRISE PUBLIQUE
L’indépendance des régulateurs nationaux du marché de l’énergie est aussi dans le collimateur de la Commission. Cette mesure priverait les États membres de tout droit d’intervention dans le secteur énergétique. Politique tarifaire et d’investissement seraient de la seule compétence des régulateurs. Cette proposition consacre l’abandon de la maîtrise publique d’un secteur stratégique.
Enfin pour favoriser le développement d’un marché européen du gaz et de l’électricité qu’elle juge insuffisamment développé, Bruxelles propose « la création d’une Agence de coopération des régulateurs nationaux de l’énergie habilitée à arrêter des décisions obligatoires ». Indépendante du pouvoir politique, elle aura pour mission de veiller entre autre au développement des interconnexions entre réseaux nationaux afin de développer toujours plus le commerce de l’électricité.
Pierre-Henri Lab, l'Humanité

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